Marionnettes, musiques et danses des cours Royales de Birmanie
Biographie
6 marionnettistes
5 musiciens
1 harpiste / chanteuse
1 danseur
2 danseuses
Né il y a plus de 500 ans dans les Palais des rois birmans, le théâtre de marionnettes à fils "yok-taï", qui a connu son apogée au 17ème siècle, est la première forme théâtrale à avoir été autorisée à se produire sur des tréteaux à la Cour. Auparavant, il était inconcevable qu'un acteur domine physiquement un auditoire royal.
Mais depuis plus d'un siècle, le théâtre de marionnettes birmanes connaît un déclin et souffre des guerres anglo-birmanes (1885), des déprédations de l'occupation japonaise (1945) et des conséquences de la modernisation. Aussi, le Mandalay Marionettes Theatre, crée en 1990 et dirigé par l'un des plus célèbres marionnettistes du pays, le grand U Pan Aye, véritable « trésor vivant » permet d’espérer de voir un jour le Yok Taï Thabin retrouver sa place d'entan !
Au répertoire, 28 marionnettes principales racontent les histoires de la création de l’univers peuplé d’animaux fantastiques errant dans la forêt mystérieuse de l’Himawuntha (cheval Myin, démons verts Belu, serpent Naga et oiseau Garuda, magicien Zawgyi), de la fondation du royaume faisant apparaître roi, reine, princes et princesses, les Jatakas, 547 vies du Bouddha ou encore les fabuleuses histoires du Ramayana, une des plus anciennes légendes du monde, venue de l’Inde.
L’orchestre qui accompagne le spectacle fait revivre les splendeurs du Yok Taï Thabin et il n’est pas impossible d’ailleurs que le charme opère et que la marionnette se transforme en être humain ou que la danseuse, elle devienne aussi flexible et petite qu’une marionnette.
Saut périlleux ou intermède comique, danses des princes et des princesses, le Yok Taï Thabin illustre aussi les faits de la vie quotidienne en jouant sur tous les registres possibles de la narration (comique, cérémonial, merveilleux...).
Ce théâtre de marionnettes à fils qui compte parmi les plus beaux au monde enchante les enfants et fascine les adultes sans jamais révéler totalement ses secrets et ses mystères… En Birmanie, comme souvent en Asie, les marionnettes auraient le même pouvoir que les êtres qu'elles incarnent : elles sont donc l'objet d'un grand respect et de soins.
Actionnée parfois par plus de 60 fils et vêtue de soies, étoffes rares et bijoux précieux, la marionnette birmane, oeuvre d’art en soi, est une reproduction quasi-parfaite du corps et de l’âme des humains et des dieux.
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MUSIQUE CLASSIQUE BIRMANE
Naturellement, dans cette tradition de spectacle de marionnettes donné à la Cour ou pour les villageois, la musique et la danse sont sollicités et se mêlent harmonieusement à la gestuelle des marionnettes, devenues miniatures d’êtres humains et de dieux, dont elles renforcent l’intensité expressive et la magie.
Souvent, ce sont les montreurs eux-mêmes qui chantent et narrent les différentes épopées avec beaucoup de vivacité, de talent et d'humour.
« Si l’on voulait assimiler la musique birmane à un aspect culturel plus concret, c’est avec Pagan, l’ancienne capitale, qu’il convient de faire la comparaison ; cette véritable forêt de plusieurs centaines de temples aux innombrables fresques murales et statues de Bouddha, ces mille éclosions de motifs floraux sculptés sur la pierre, ces architectures aussi variées que grandioses sont à l’image éblouissante de la richesse inouïe de cette musique dont l’écho s’est à peine amoindri au cours des âges. » Jacques Brunet, ethnomusicologue.
Pendant des siècles, le royaume du Myanmar est resté fermé sur lui-même, impénétrable au voyageur, mystérieux et touffu de ses milliers de stupas dorées, dressées comme des lances vers le ciel, appels sans réponses, fossiles de temps immémoriaux, légendaires…La musique birmane révèle sa couleur à la lumière des différentes influences qui la traversent : Bangladesh, Inde, Chine, Laos, Malaisie, Thaïlande et Cambodge.
C’est au début de notre ère que les influences indiennes se manifestent par l’introduction du bouddhisme sur le territoire birman. La culture Mon, qui connut son apogée au 7ème siècle, marqua profondément l’esthétique birmane. Avec le rayonnement des dynasties de rois du 11ème et du 12ème siècle, le Myanmar de vient avec le Cambodge l’une des plus grandes puissances de l’Asie du Sud-Est. Plus tard, bien après les invasions Mongoles, Shan et Mon, la ville royale de Mandalay et ses cours resplendissantes voient l’épanouissement de formes musicales, théâtrales et chorégraphiques qui perdurent jusqu’à nos jours.
Pourtant, la musique birmane semble s’être éloignée quelque peu des consonances de la musique indienne pour se rapprocher davantage d’un espace musical homogène englobant la Thaïlande, le Cambodge (les orchestres classiques khmer Pinpeat et thaï Piphat notamment comprennent également des séries de gongs) d’une part, la Malaisie et l’Indonésie d’autre part (Gamelan). En effet, la Birmanie se trouve véritablement à la croisée des chemins culturels de ces 4 voisins.
Comme le rappelle Jacques Brunet (éminent ethnomusicologue, spécialiste de l’Asie du Sud-Est), la musique birmane se divise en 2 genres majeurs : la musique de plein air, jouée en extérieur avec des instruments à sons puissants (percussions, hautbois) et qui accompagnait le plus souvent le répertoire de danse classique, les spectacles de Yok Thaï Tabin (marionnettes), les défilés royaux et les fêtes religieuses. Parallèlement, de façon complémentaire, la musique de chambre apporte un contrepoint et met en valeur les remarquables instruments naviformes à sons doux, la harpe Saung Gauk et le xylophone Patala, ainsi que la flûte Khlui dont le son si léger semble couler comme une rivière soulignant la grâce et le raffinement des ornementations à la harpe.
Le répertoire de la musique birmane est immense. Il consiste en plusieurs centaines de mélodies transmises de manuscrits en manuscrits depuis plusieurs siècles et regroupés dans 2 ouvrages fondamentaux : le Maha Gita et le Gita Wi Htou Théni.
Pratiquement toute la musique birmane est d’origine vocale. Très souvent, les musiciens appartenant à des familles renommées de musiciens connaissent par cœur les chants qu’ils se transmettent oralement de père en fils.
Bien que le style de la harpe et du xylophone soit différent de celui du grand orchestre Hsaing Waing, l’origine en est toujours cet immense répertoire vocal qui ne devient alors qu’une transposition sur laquelle les auditeurs associent systématiquement le poème original.
Une grande majorité des chants se rapporte bien sûr aux sentiments amoureux, mais aussi et surtout à la nature. Les 7 degrés de la gamme sont d’ailleurs associés, comme dans l’Inde ancienne, à des cris d’animaux. Cette relation entre la musique et les sonorités de la nature se retrouve dans la plupart des cultures de l’Asie du Sud-Est. Certains chants rendent également hommage aux personnages royaux ou encore narrent l’histoire des grandes villes royales de Birmanie (Bagan, Mandalay notamment).
De nombreuses variantes existent pour chaque mélodie : ainsi, les modes ont une hiérarchie fondée sur le temps, sur le moment du jour et de la nuit et de la saison (de la même façon que les ragas indiens), ce qui fait qu’une même mélodie peut être jouée dans divers modes selon le moment où elle est exécutée.
Les 3 modes principaux à partir desquels dérivent les autres modes de la musique birmane sont thanyu, autpyin et pulé.
Le premier, thanyu, est d’ordre mystique et sacré. Il est toujours utilisé dans les compositions à caractère propitiatoire, de sacralisation ou d’introduction, incluant des invocations aux génies (nats) ou divinités, prélude de tout acte musical.
Le second, autpyin, est le mode des sentiments tendres, de l’émotion, de la nostalgie. Enfin, le dernier, pulé est le mode de la légèreté, de la joie, de la danse et du plaisir de vivre. Encore considérée comme une musique rare, la musique birmane n’a de cesse de nous surprendre : elle fait certainement partie des expressions les plus originales et les plus sauvages de toute l’Asie.
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DANSES DES COURS ROYALES
La Danse
Plus encore que la musique, la danse occupe une place majeure dans les arts traditionnels birmans. Comme la musique, la danse semble avoir conservé les traces des influences de la danse indienne, notamment dans la Danse Gabyalot, exécutée la plus grande partie du temps sur les genoux et fondée sur l’apprentissage rigoureux des 125 pas de base de la danse birmane.
Les rudiments de la danse indienne se seraient consolidés il y a plus de 1200 ans, très certainement aux environs du 3ème siècle avant J.C. A fil des siècles, elle se serait nourrie des apports Mon, Pyu et Thaï pour donner ensuite lieu au style et à l’esthétique toute particulière que nous lui connaissons aujourd’hui.
Les danses birmanes surprennent d’emblée par la grâce des mouvements, l’aspect merveilleux de certaines postures où la torsion caractéristique des bras rabattus vers l’arrière nous rappelle le lien étroit entre la danseuse et la marionnette. Cet aspect ludique se conjugue à une légèreté qui se teinte parfois même d’insolence ou de défi.
Les danses de femmes
Les danses de femmes, en solo ou à plusieurs, soulignent la grâce, qui est l’essence même de la féminité au Myanmar. Les torsions délicates du corps et des mains (recourbées comme chez les danseuses Thaï ou Cambodgiennes), la magnifiscence des costumes et des robes (souvent rehaussées d’une traîne, réminiscence des costumes royaux et des parures des princesses), la lenteur composent devant nos yeux des tableaux vivants proche de l’irréalité.
Des danses somptueuses des dynasties de Bagan -Cité royale aux milliers de temples, petite sœur d’Angkor- (Xiè-XIIIè siècle), de Pinya (XIVè siècle), d’Inn-wa (XIVè siècle) ou de Taungoo (XVIè siècle) en passant par la magie de la danse des lumières, que l’on retrouve aussi en Thaïlande, ou le style extrêmement gracieux de la danse Anyien, la danse birmane, toujours très féminine révèle toutes ses facettes. Elle peut s’accompagner dans son exécution de chants.
La danse comparative entre une danseuse humaine et une marionnette aurait été rajoutée récemment au répertoire : cette danse très originale devient alors le lieu où s'affrontent côte à côte les deux énergies identiques de la marionnette devenue femme et de la danseuse devenue marionnette sous l'action de fils invisibles.
Les Fêtes de l’Eau (Fêtes du Nouvel An) donnent aussi lieu à des parades où défilent des milliers de jeunes filles dansent sans relâche les danses de Tyngdian dans toutes les villes et tous les villages de la Birmanie.
Les danses d’hommes
Les danses d’hommes sont plus rares mais elles restent des pièces de répertoire particulièrement séduisante. Les hommes interprétent presque toujours des rôles de dieux ou de démons dans le théâtre masqué classique ou encore de prince (Mintha). Entichés d’une coiffe de tulle aux couleurs chatoyantes et de costumes royaux, les danseurs apparaissent souvent fiers et courtois. il est courant d’assister à des joutes au cours desquelles 1, 2 ou 3 princes se livrent un défi et rivalisent de grâce, de souplesse, d’extravagence ou de rapidité.
Les duo : le mythe de Mintha et Minthami
Qu’il s’agisse de Yok Thaï Tabin ou de danse, le couple Mintha-Minthami constitue un duo mythique, symbole de l’amour parfait pour tous les birmans. Outre le sentiment et la beauté des formes, c’est aussi l’énergie, la légèreté, l’insouciance de l’amour et la compétition qui s’affichent au cours de ces danses royales. Dans les danses de séduction où Prince et Princesse (Minthami) sont réunis, l’équilibre parfait entre la part féminine et la part masculine de la danse crée une harmonie hors du commun.
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Interview d’Elisabeth Den Otter, ethnomusicologue hollandaise, anthropologue à l’Institut Royal des tropiques à Amsterdam. (Le Monde - 2000)
Quelle est la situation des marionnettistes en Birmanie ?
Les troupes étaient en voie de disparition. Le développement du tourisme les a sauvées. C’est le cas du Théâtre de Mandalay, installé il y a moins de 10 ans à proximité du Palais Royal. Par un effet de retour, l’intérêt du public birman a été relancé. Même les tournées dans les villages ont repris. Le seul théâtre authentique, celui Que. nous amenons à Charleville, le Yok Taï Thabin, se donne avec un orchestre complet, des chanteurs pour les rôles principaux et 6 à 8 manipulateurs.
Quelle est la différence entre les marionnettes birmanes et celles des pays voisins ?
Les marionnettes birmanes sont à fils. En Thaïlande, elles sont à ombre et à gaine. La tradition indienne et indonésienne est plutôt à ombre et à tige. Ailleurs, il n’y a pas de marionnettes à fils, sauf en Inde. Surtout, les marionnettes birmanes sont d’une beauté exceptionnelle. Seules les figures du Bunraku au Japon peuvent prétendre les égaler.
Et sur le plan de la narration ?
La représentation classique, traditionnelle, commence par la création du monde avec des êtres mythiques, sauvages, d’avant la civilisation : ogres (vert), magiciens (en rouge). La deuxième partie raconte conte la fondation du royaume, de la civilisation, avec roi, reine, prince et princesse. La troisième partie, une jataka, est la partie religieuse, l’une des 547 vies du Bouddha, qui amène une morale. Une histoire de loyauté, d’amour, de respect des parents, de confiance en l’époux…Au Sri Lanka aussi on joue les jatakas sur les vies de Bouddha, et avec des marionnettes à fils également, mais qui viennent très probablement d’Italie.
Comment s’opère la transmission ?
Vous avez vous la dextérité de Baba (le grand-père). Il est ce que les Japonais appelleraient un trésor vivant. Le Théâtre de Mandalay recrute des jeunes qui s’intègrent progressivement à la troupe. Ici ne sont venus que les plus expérimentés. On retrouve les traditions familiales. A Mandalay, les trois fils du chef de musioque sont intégrés à l’orchestre. A Rangoon et à Pagan, il restait deux vieux montreurs. Il a fallu faire très vite pour qu’ils transmettent aux jeunes.
Promotion Artiste
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